Revenant d’Auray pour un passage éclair au FabLab La FABrique du Loch et avant cela depuis Lyon pour la semaine Open City Lab comme contributeur DAISEE, je me surpris à encore râler sur les difficultés à faire Tiers-Lieux à Rennes. Lourdeur liée à une culture bureaucratique héritée de l’histoire de la ville chef-lieu. La ville des administrations, qui recouvra de béton la confluence de ses deux rivières, fanfaronne de sa “capitalité en biodiversité; parfois de son activité culturelle dense, diverse et très appréciée, elle tire quelques lauriers. Mais on ne fait pas une ville intelligente avec de la Com’Pol connectée, on ne fait pas une ville résiliente avec du marketing territoriale sauce galette saucisse, on ne fait pas de la Transition avec des clubs élitistes centralisant le pouvoir de décision, on ne fait pas des fleurons socio-économiques avec des bâtiments Totems Tech.

Donc je râlais dans mon coin jusqu’à ce samedi matin de février où un court échange numérique avec les amis Nicolas Loubet et Benoit Vallauri me fit prendre conscience d’un souffle nouveau sur la ville. Des émergences qui étaient sous mon nez allaient faire confluence sans béton de décision top-down en mars à Rennes. Ainsi je vous confie que se frôleront, se croiseront, se frotteront de loin ou de près, des évènements mettant en exergue des mouvements de repolitisation par le service.

Photo credit: Jean-Jacques MARCHAND via Visualhunt.com / CC BY-NC-ND

Je voudrais ici vous faire part d’une semaine de Crypto party enchevêtrée avec un hackathon sur les LowTech à l’éco-domaine de L’Etrillet qui rencontrera, le dimanche pour une action commune, un autre hackathon La Nuit du Code Citoyen dans lequel Rennes jouera la carte énvironnement, écologie, biodiversité en relation avec Lyon / Tunis / Ougadougou / Lille / Paris. Si en plus on fait une Disco Soupe Rennes au milieu de ce hackathon… Et comme la Maison de la Consommation et de L’Environnement s’intéresse fortement à l’hébergement de la Nuit du Code Citoyen par le lien de Jacques le Letty je me laisse aller à entrevroir de grands espoirs pour ma ville aux coeurs passionnés. Si je rajoute à ce rapide inventaire l’Open Assembly du Biomimicry HackLab dans un café du centre croisant le groupe des Wikipédiens Rennais, si je rajoute à cette liste le travaille de recherche artistique du Bon Acceuil, si je rajoute à cette liste la semaine Utopique de L’Ubuntu La Bascule café, et bien j’aperçois de la congruence positive. Des pratiques collaboratives horizontales, souvent en Open Source, qui ne cloisonnent pas entreprenariat, numérique, citoyenneté, écologie, culture, éducation. Des pratiques qui brisent des tours d’ivoires. Je vois des actions et des décisions libérées.

“Le régime du voir entretien d’étroites relations avec les imaginaires et les savoirs, épousant en quelque sorte la forme d’un récit qui révèle la manière dont les hommes se représentent leur coexistance avec l’espace. C’est au coeur de la tension entre le visible (l’observable), l’invu (le calculable) et l’invisible (l’hypothétique) que sont venus se loger l’imaginaire et la fiction.”

Anne Sauvageot dans The Conversation, janvier 2017.

Oubliant un court instant les années d’éfforts et de galères des individus et des collectifs qui ont menés aujourd’hui à ce pré-printemps savoureux, je flâne le coeur léger et l’âme en poésie de la transition dans les rues pavées de Rennes. Je songe à la débétonnisation de la confluence de l’Ille et de la Vilaine, je rêve de tiers-leux permanents et éphémères à Rennes. Je vois une amie revenir de la collecte des rebus du marché des Lices pour remplir son frigo. Je relis Cioran…

“Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s’éveille il y a un peu plus de mal dans le monde… La folie de prêcher est si ancrée en nous qu’elle émerge de pronfondeurs inconnuées à l’instinct de conservation. Chacun attend son moment pour proposer quelque chose : n’importe quoi. Il y a une voix ; cela suffit. Nous payons cher de n’être ni sourds ni muets.”

Dire que la ville des administrations s’horizontalise serait présomptueux. Observer et écrire que des ingénieux, des makers, des entreprenants, des commoners, s’investissent dans le dessin et dessein d’un nouvel horizon pour la cité, par et pour les citoyens serait plus raisonnable et moins prophétique.

Ici poussent les émergences dans l’imaginaire et la fiction, dans l’utopie concrète et dans l’espoir entretenu par des intellectuels aliénés. Il semble alors temps venu pour les décideurs politiques et la force administrative non plus de commander ou de guider mais bien plus de permettre et faciliter. D’ouvrir l’espace au design de consensus ?

“C’est ce dépassement de la discursivité qui distingue le tiers-lieu de l’espace public politique.”

Dr en sociologie Antoine Burret, Etude de la configuration en Tiers-Lieu - La repolitisation par le service