Alors que je pratique le biomimetisme et l’écologie, j’ai très envie de vous raconter pourquoi je m’intéresse au hacking de protocole de communication, au robot sous marin, aux données topographiques de la NASA, aux bactéries, aux biomatériaux et enfin à l’éthique et la gouvernance. Car pour l’instant il semblerait que cela soit très flou pour beaucoup autour de moi et même pour des personnes plus éloignées. Mais en fait tout cela peut se résumer un exemple explicite que je vous laisse découvrir en fin de page.

Cet article, à l’inventaire non exhaustif, n’a pas vocation à flatter mon égo, il est destiné, au travers d’un parcours humain, à expliciter la cohérence entre plusieurs actions menées collectivement. Je dois ses possibilités d’agir à de nombreuses personnes et amis que je remercie très profondément et sincèrement au passage.

A l’origine du Faire

Si le biomimétisme est “s’inspirer de la nature pour résoudre des défis sociétaux” en copiant/imitant les formes, matières et systèmes développés par le vivant, alors il me parait difficile de faire du biomimétisme avec un paradigme basé sur le brevetage. Il me parait également que le biomimétisme est un ensemble de pratiques (design, biologie, chimie, physique, sociologie, architecture, ingénierie, informatique, électronique etc.) qui ne peuvent trouver leur efficience d’expression que dans un système collaboratif et transdisciplinaire.

Donc en 2014 je participe à l’aventure de co-création d’un laboratoire citoyen de prototypage et d’expérimentations dédié au biomimétisme à Rennes. Avec quelques projets, toujours en cours, de caoutchouc à base de sève de pissenlit, un abri copiant les propriétés de l’exosquelette du scorpion et d’autres explorations. Ce laboratoire se nomme le biome HackLab

Tout cela était mû par des aspirations simples :

  • Partager au plus grand nombre nos réalisations, méthodes, outils, c’est le principre de l’open source et de la documentation.
  • Sortir de notre garage pour vivre de nos pratiques et résoudre des problèmes, c’est entreprendre
  • Avoir une action citoyenne décentralisée, le Manifeste
  • Apporter des solutions concrètes à une société de l’après pétrole et éviter de reproduire les erreurs passées sur les ressources naturelles dans cette nouvelle émergence.

Nous faisons nôtre, l’engagement de ne pas laisser ce levier de changement dans les mains d’une poignée d’individus ou de structures élitistes.

Ainsi, je me suis retrouvé très vite débordé par l’ampleur de l’impulsion avec une communauté active de plusieurs centaines de membres en France et à l’étranger et de nouveaux projets à pousser le plus loin possible. Par exemple, frappé par le manque de collaborations entre les laboratoires de fabrication numérique bretons j’ai co-construit un “Bretagne Lab Tour” en 2015 pour rendre visible les canaux de coopérations et les opportunités existantes. Ceci était dans le but de fournir à chaque personne qui le désir les chémins, les méthodes et les points de collaboration sans réinventer le roue, tendre vers l’autonomie des usagers. Cela a également mené à la réalisation d’interviews sonores et une exploration de ce qui ressemble à la confiance entre individus, j’y revindrais plus tard sur le sujet liè à la Blockchain.

Vous me direz que cela est un peu éloigné du biomimétisme, rapidement explicité ci-avant. Certes, mais le fonctionnement systémique et l’analogie de nos fonctionnements sociaux avec un réseau trophique m’a semblé nécessaire à cette époque avant de vouloir pérenniser l’aventure du HackLab et d’engager des collaborations. Cette aventure itinérante m’a permis de devinir un contributeur assidu sur la documenation et le partage des pratiques collaboratives sur Multibao et d’interroger plus profondément le nomadisme. Pourquoi ? Lier le nomadisme postmoderne à une volonté de comprendre ce qui a fait de nous une Humanité il y a des milliers d’années?

Pour faire la transition vers une explication du lien entre tous les projets rapidement exposés en introduction, je vous fais part du tour de France 2016 dans lequel je me suis lancé dans le vide, sans sécurité aucune. Dans ce tour non-ordinaire, j’ai contribué aux travaux et efforts de personnes et aux communs de lieux pour les aider à se monter ou à améliorer leurs prototypes pendant 4 mois et demi. Résultat, comme pour le Bretagne Lab Tour, plus on partage, plus on apprend. “Le jour où j’ai tout …” est dévenu le jour depuis lequel je réinterroge sans cesse les pratiques et les usages qui gravitent plus ou moins proche de l’aventure du hacklab de Biomimétisme.

Début du XX siècle : Les principes d’hybridation des univers culturels et des pratiques par l’exemple Otto Herbert Schmitt. Il a inventé le terme biomimétisme pour décrire un mode d’exploration du Vivant en tant que source de solutions efficientes et moins coûteuses à de nombreux problèmes.

La question « profonde » de ce que la nature est en définitive que traite Freya Mathews fut abodrée ensuite dans l’histoire des ces pratiques inspirées du vivant.

Il y avait également les trois principes de base de biomimétisme, tels que définis par Janine Benyus.

  1. La nature comme modèle est le principe poétique de biomimétisme, car il nous raconte comment les choses doivent être “mise au monde”.
  2. La nature comme mesure est le principe éthique du biomimétisme, car il nous indique que la nature impose des limites ou des normes éthiques sur ce qu’il est possible pour nous d’accomplir.
  3. La nature comme mentor est le principe épistémologique de biomimétisme, car il argue que la nature est la source de la vérité, de la sagesse, de la liberté de l’erreur. Voir Initiation au Biomimétisme

Donc transmettre les savoirs acquis, les expériementations en cours, les savoir-faire, fait partie du coeur des petits bouts de trucs auxquels je participe. C’est alors posée une question qui nous a semblé primordiale et que nous avons décidé d’explorer de manière décentralisée, citoyenne et transdsciplinaire : “Le biomimétisme est-il une éthique ?

Bref, un sacré tas de petits bouts de trucs…

Ce que je fais

Je ne prendrais pas ici une progression chronologique pour vous présenter les réalisations en cours, il sera plus aisé de les présenter par lien de cohérence entre projets.

Gouvernance, éthique, design et tiers-lieux

Je vous ai parlé peu avant d’un tour dans les FabLabs Bretons en 2015, depuis je continue à m’investir dans les chemins de collaborations qui pourraient leurs être utiles, comme à Auray en 2016 et à Rennes en 2017. Si ce travail me pousse à interroger les systèmes de gouverance et l’éthique, il est aussi à mettre en relation avec une rencontre avec Dr Antoine Burret à Lyon en début d’année 2017 pour sa soutenance de thése “ÉTUDE DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU - La repolitisation par le service”. En plus des liens d’amitié noués, nous avons quelques modestes collaborations sur les “Etapes vers une conception politique du tiers-lieu”, notamment ICI. Cela provient d’une réflexion et de travaux amorcés avec le Biome HackLab sur le Design et le consensus avec des personnes impliquées bien au delà du Biome.

Car FabLab, tiers-lieux, start-ups etc. Cela fait peut être de jolies appellations qui portent beaucoup de promesses de changment mais…

“La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent” Albert Einstein

J’ai donc autant besoin de participer à la co-conception de nouveaux outils pour pratiquer un biomimétisme libre et open source que j’en ai de pratiquer mes arts et techniques dans de bonnes conditions. Nous créons alors ensemble les bases d’une autonomie avec une matrice de fonctionnement différente.

j’au aussi fait des petis bouts de trucs sur :

Cela étant en cours de dissémination, je profite parfois des opportunités de rencontre pour co-organiser des IndieCamps ou des hackathons, sprints de prototypage et/ou amélioration de projets. Ces espaces me permettent de travailler sur la sève de pissenlit, les colonnes bactériennes, le clônage de mycélium, les energies marines renouvelables bioinspirées par exemple.

Energies

C’est un sujet central qui porte beaucoup de cristallisations sociétales. Il ne peut y avoir de travail de transition de paradigme, de résilience et d’autonmie, sans réflexions et expérimentations profondes sur les énergies, leur sociologie et leurs infrastructures.

Ainsi, en plus du prototype sur les herbiers marins producteur d’énergie et de zone de remédiation écologique, j’ai engagé une collaboration sur daisee.org, Internets of Energy Energy as a Commons, notamment sur la visualisation des données énergétique dans un cadre topographique avec des bases de données provenant de la NASA, mais également sur sur la blockchain locale avec Ethereum.

Losque je fais des conférences sur le Biomimétisme, je parle souvent de la capacité du vivant, depuis prés des 4 milliards d’années, à optimiser les fux comme “secret” de sa capacité d’adaptation et d’innovation.

Ce sont là mes petits bouts de trucs dans les énergies…

Informatiques, robotiques

Alors effectivement, l’histoire daisee / blockchain / energie, ça fait un peu geek, un geek étant une personnne pasionnée sans obligation d’être dans l’informatique, mais c’est aussi l’opportunité de se pencher sur les libertés, et donc l’autonomie, liées aux internets. Il y donc du code, et c’est n’est ni gros mot ni un acte de magie, c’est un effort à fournir et à répéter pour faire fonctionner ces machines et ces systèmes. Il y a encore peu de temps je ne savais par faire mieux que Ctrl+Alt+Suppr sur un ordinateur. Il m’a fallu “Déconstruire, re-imaginer, repenser, reconstruire et recommencer”. Puis, j’ai pu ainsi entrer en collaboration avec de nombreuses personnes et organisations pour par exemple faire :

  • le Robot sous-marin open source pour sciences marines participatives qui pourra prendre la forme d’un Espadon
  • Les herbiers marins producteurs d’énergie pour alimenter la station de pilotage de ce robot ?
  • Des colonnes bactériennes connectées, ByodIT, via daisee pour produire de l’énergie ?

Si le projet DAISEE concerne la blockchain et que celui ByodIT l’utilise également, je suis contre l’utilisation du slogan “La Blockchain crée de la confiance […]”. Comme expliqué plus haut, la confiance est un phénomème socio-anthropologique complexe, par exemple être pris en stop sur un bord de route ou être invité à dormir et manger chez des inconnus n’est pas lié à la compilation de données dans un contrat dit intelligent. La blockchain est un ensemble de codes et algorithmes informatiques rédigés par des humains à grande technicité qui tentent de sécuriser les rapports comptables des échanges pour des humains moins technophiles. Si la blockchain peut, avec humilité et parcimonie, faciliter l’accés à la confiance : peut-être. Mais elle est loin d’être parfaite (Ethereum ICO hacked for $7 million ) et n’est pas “La confiance”.

La confiance,elle, s’exprime dans les projets que nous réalisons aux 4 coins de la France et elle est tangible dans les intéractions humaines des collaborations. Revenons donc à nos prototypes.

Et si petit robot sous-marin bioinspiré, alimenté par des sytèmes éco-conçu en énergie renouvelable, communiquait également ces images et données sous-marines avec les sytèmes ou bases de données satelitaires… Et bien on aurait une formidable opportunité de mieux connaître les océans, travailler sérieusement sur leur préservation et dépollution, agir avec des données suffisantes contre le réchaufement climatique. Des petits bouts de trucs liés ensemble, si vous me permettez l’expression.

Ok, c’est un peu long à faire avancer mais c’est en bonne voie. Par contre cela pause la question de la liberté individuelle et de nos données lorsque l’on utilise des machines et des logiciels (perso, j’évite au maximun les trucs pas open source). Du coup, je participe aussi à des exercices et des ateliers de sensibilisation sur les libertés, sécurité et la vie privée : Indie Camp Initiation à la sécurité informatique

Au passage, quitte à apprendre et tenter de programmer, autant tenter de faire des ça en s’inspirant du vivant :

Biomatériaux et Biofabrics

La sève de pissenlit, je travaille sur sa récolte et transformation depuis 4 ans maintenant, ajoutons lui du souffre et chauffons un peu pour obtenir du caoutchouc que l’on pourra travailler (je simplifie volotairement). Car les produits pétrosourcés il est grand temps de s’en passer mais je n’ai pas vu beaucoup d’hévéa du Brésil en France. Ce processus de fabrication amène ce que l’on appel un biomatériau.

Un biomatériau (à ne pas confondre avec un écomatériau) a été défini, selon la Société Européenne des Biomatériaux, comme « matériau conçu pour interagir avec les systèmes biologiques, qu’il participe à la constitution d’un dispositif à visée diagnostique ou à celle d’un substitut de tissu ou d’organe ou encore à celle d’un dispositif de suppléance (ou d’assistance) fonctionnelle » (Conférences de Chester (Royaume-Uni), 1986 et 1991). Il peut ainsi être considéré comme tout matériau utilisé pour remplacer une partie ou une fonction du corps de manière sure et fiable, acceptable d’un point de vue économique et physiologique. Wikipedia

Je clône et cultive également des mycéliums dans un appartement, on peut nommer cela la culutre Do It Yoursel (DIY). Pour utiliser ces mycéliums dans la transformation et amélioration des propriétés de biomatériaux puis ainsi leur offrir de nouveaux usages car plus résistants, étanches, isolant etc.

Avec Sabrina Maroc, je participe à l’aventure Open BioFabrics, dans laquelle nous faisons pousser de la cellulose à partir d’une culture symbiotique entre levures et bactéries. Toujours dans une exigence écologique et dans l’expérimentation open source, nous développons ici des BiofFabrics car ce sont des micro-organismes qui fabriquent le matériaux puis l’humain qui l’ennoblit. Nous collaborons avec diférents FabLabs pour travailler la matière avec des machines à commande numérique ou encore pour optimiser le processus de culture avec des outils életroniques open source à programmer soi-même (arduino, raspberry…).

Et parfois nous cultivons ce SCOBY, Symbiotic Colony Of Bacteria and Yeast, qui permet d’avoir de la cellulose, en lien direct d’échange gazeux avec des plantes.

Pourquoi ce nouvel effort dans un autre domaine ? Simplement, je vous ai écrit l’urgence de sortir d’un modèle basé sur le pétrole, alors les robots sous-marins, les colones bactériennes, les gants en latex, les outils, les imprimantes 3D, les ordinateurs, que nous utilisons ont grandement et rapidement besoin d’alternatives crédibles aux matériaux existants. C’est encore ici l’histoire de co-concevoir les bases favorables à la réalisation et à l’expression de nos arts et techniques qui est en jeu.

Transmettre, enseigner, écoles et entreprises

Boucler la boucle, ne rien perdre, pérenniser, interroger, se confronter aux zones d’ignorances pour apprendre, c’est un peu mon carburant, mélangé à une immense confiance dans l’humain.

Avec toutes ces expérimentations, ces expériences et prototypages, il y a une somme importante de connaissance produite, de savoirs et savoir-faire acquis. Il est de notre responsabilité, et de la mienne évidemment, de les entretenir et les jardiner par la documentation et par la transmission en présentiel.

Ainsi, à la demande de chercheurs, responsables programmes ou de pédagogie, je me retrouve à faire cours à des ingénieurs diplomés qui se spécialisent dans l’éco-conception, comme à l’école des métiers de l’environnement de Rennes. Ou encore faire des workshops aux élèves inégnieurs double diplômes de L’Université de Technologie de Compiègne sur le biomimétisme ou donner des cours d’initiation au Design aux Executive MBA de Rennes, des ateliers et conférence en médiathèque à Paris ou Quiberon, des interventions à l’école des beaux arts de Brest, dans les INSA… Le Groupe TransDev TVO pour un consulting, Le Biomiciry Education Summit d’Austin…

Cette liste pourrait être longue ! J’essaie à chaque occasion d’y embarquer une nouvelle personne provenant des laboratoires citoyens open source, en qualité de pair passeur de savoir, pour lui montrer qu’elle peut, elle aussi, le faire et lui permettre d’acquérir de l’expérience pour devenir autonome et faire cours à son tour.

Quoiqu’il en soit, on se retouve sur les premiers points abordés en début des ces lignes sur la gourvernance, l’autonomie, le changement de paradigme. La boucle se régénère mais ne s’arrête pas.

Dans cette aventure très riche et humainement merveilleuse, s’il n’y a qu’une seule chose que vous pouvez retenir :

Faire des petis bouts de trucs et les assembler ensemble

est peut être un des secrets de l’intelligence de la main, de la sagesse du coeur, de la force du cerveau. Pour peu que vous le fassiez avec humilité et déconstruction quotidienne, vous y trouverez peut être un équilibre et un bonheur personnel qui se propagera sur d’autres.

J’ai choisi le biomimétisme pour réaliser cela, mais cette recette il ne tient qu’à vous de la détourner, la modifier, l’améliorer, tout en gardant l’interrogation sur l’éthique de vos pratiques.