Tiers-Lieux et artificialité : La faute à pas de sciences ?

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Parcourant la réflexion sur “La toxicité des Tiers-Lieux”, par Yoann Duriaux, et le travail d’Arnaud Idelon, “Tiers-Lieu : enquête sur un objet encore bien flou, j’ai voulu approfondir l’existence ou la non-existence de risques inhérents à “l’explosion” de l’usage de l’appelation “Tiers-Lieu” et à la tendance à la généralisation du paradigme d’un processus singulier.

Le “X” de Tiers-Lieux est utilisé dans cet article pour signifier “libres et open source” afin de les distinguer franchement et avec probité de certains usages ré-utilisant une appelation sans intégrer un code source défini, et donc inutilisable en pratique. Visant ainsi que le Tiers-Lieux ne parle pas, au sens strict, des mêmes libertés que le logiciel libre, mais qu’ils utilisent une approche de la liberté qui est basée sur les mêmes principes philosophiques :

Cet article vise à appliquer des tentatives d’analyses sur un objet notamment défini par la thèse d’Antoine Burret, “Etude de la configuration en Tiers-Lieu : la repolitisation par le service”, Sociologie ; un objet qui comporte des pratiques définies dans la thèse en esthétique et sciences de l’art “La fabrication numérique personnelle, pratiques et discours d’un design diffus : enquête au coeur des FabLabs, hackerspaces et makerspaces de 2012 à 2015 par Camille Bosqué. Il s’intègre dans un examen approfondi de ma propre démarche en qualité de co-porteur de l’initiative du Biome HackLab, parmi d’autres actions.

Cet article n’est pas formaté selon les codes standards d’une publication scientifique car les notes de bas page sont remplacées par des hyperliens intégrés directement dans le texte (source, publications, interviews…) et des citations contextualisées et créditées.

Il s’intègre également dans le processus d’archives d’une bibliothèque numérique du Biome Hacklab et fait suite à des collaborations immersives et productives telles que Bretagne Lab Tour 2015, “Vivre ensemble, Faire ensemble, Le tour de France 2016, LabOSE, Laboratoire open source d’expériences libres et distribuées, ainsi que, dans une plus modeste mesure, l’Expérience Fork The World menée lors de la Biennale Internationnale du Design de St Étienne en 2017.

Cet article est basé sur une plateforme d’édition collaborative, sous licence libre. J’invite ainsi toute personne intéressée par l’amélioration continue de cette tentative de recherche et formalisation d’étude introspective à ouvrir une ISSUE titrée “Tilios #numérodelaliste Nom de l'action proposée” et décrite avec précision, justification et lien intégré vers les ressources le cas échéant.

Cet article est volontairement et clairement “Tiers”, dans le sens où il s’attache à décrire une réalité complexe, transitoire et chaotique s’inscrivant dans le décalage croissant qui nait entre monde à partir et monde à venir. Entre démarche de documentation, d’études, de recherches, et tentative de définition, cette production peut s’intégrer dans un processus relatif à une approche participative de la recherche.

D’un processus social à la marche de domination

Il s’agit de rechercher une possible métabolisation des cultures s’exprimant dans les Tiers-Lieux, soumises aux aléas d’être ingérées par la domination ; une configuration sociale transformée en une substance autre dans un organisme vivant, au cours d’un processus de réactions identifiables et définissables. Un enchaînement d’actions / réactions pouvant mener à une artificialisation des Tiers-Lieux et des communautés de pratiques collaboratives.

La naturalité, dans son sens environnemental, renvoie au caractère sauvage d’un paysage ou d’un milieu naturel. À l’opposé, un biotope très artificialisé peut présenter une biodiversité élevée, artificielle et de peu d’intérêt écologique, voir dangereuse pour l’environnement local (e.g. : arboretum, parc animalier accueillant une grande diversité floristique et faunistique). Par exemple, la proximité de rejets d’effluents d’épuration ou d’eau chaude de centrales nucléaires peut permettre l’explosion de certains organismes, sans être un idéal de conservation).

Dans le processus social, l’histoire de l’Homme commence quelque part dans la courbe de la première pierre jetée pour chasser la première proie (Sloterdjik). Ce sont les hommes et les femmes qui constituent le Tiers-Lieu, l’histoire des Tiers-Lieux commencerait-elle alors quelque part dans la courbe de la tentative de première définition pour cadrer le concept ?

Les 4 mécanismes d’hominisation (d’après Peter Sloterdjik)

Ainsi, par la volonté de entités individuées (Introduction de thèse, Dr Antoine Burret) qui s’y rencontrent, le Tiers-Lieu pourrait tendre vers une insulation à la fois par son processus de différentiation par ses spécifités propres et uniques : il n’y a pas de modèle standard de Tiers-Lieu mais des Tiers-Lieux, tout autant que par son désir de perdurer au sein d’une explosion numéraire soumise à la selection par la quantité critique des Tiers-Lieux. Une masse critique amenant à un phénomène de percolation (du latin percolare, « filtrer », « passer au travers »), le passage d’un fluide à travers un milieu plus ou moins perméable, la société.

Le Tiers-Lieux est un bien commun révélé, délimité, entretenu par et avec un collectif, il cherche à s’émanciper dans une société qui tend à le contraindre à une normalisation prédéfinie avec des règles antérieures à son agencement.

Le Tiers-Lieux embarque avec lui des morceaux des cultures qui l’ont fait naître, des mémoires de luttes et de frictions qui ont amené les circonstances de rencontres.

Le Tiers-Lieux cherche à faire et être hors des sentiers battus mais avec les moyens “du dedans”, avec les moyens des sentiers battus.

Peut-on alors penser le Tiers-Lieux en dehors de la technique ? Ou créons-nous des Tiers-Lieux lorsque nous commençons à utiliser des outils ?

Ainsi le Tiers-Lieu émerge comme un objet de curiosité, un objet d’étude, de découverte, popularisé par sa littérature propre, par des thèses universitaires, par un “gouvernement qui souhaite enfin une mise en réseau nationale des lieux de médiation numérique (EPN, espaces de coworking, Tiers Lieux) afin de leur donner plus de visibilité et mutualiser des moyens” (Caisse des dépots, Mars 2015)

Cette artificialité de la culture actuelle serait à l’origine du mouvement qui pousse chacun maintenant à aller ailleurs pour voir la « vraie vie des autres », pour vivre des expériences vraies”. — Marc Laplante, L’expérience touristique contemporaine: fondements sociaux et culturels, éditeur PUQ, 1996

” Si le Tiers-Lieu peut être appréhendé comme un agencement institutionnel au travers des troisièmes lieux conceptualisées par Ray Oldenburg. Les troisièmes lieux seront distinguées des Tiers-Lieux et replacées dans leur contexte d’usage initial. Il a été démontré que les troisièmes lieux caractérisent en particulier des institutions à usage commerciales dont l’un des principaux attrait est de favoriser les relations de sociabilité entre individus.” (Thése Dr antoine Burret, page 8.)

Le Tiers-Lieux peut s’articuler ou se concevoir autour d’un objet social et de bénéfice public. Alors à quelles questions sociétales les Tiers-Lieux tentent-ils de répondre ? Si elles sont probablement nombreuses (écologie, égalité sociale, libertés, immédiateté de l’urgence…), j’ai commencé à référencer et étudier quelques actions remarquables afin d’en comprendre les mécanismes de transposition (du Tiers-Lieu vers l’extérieur) :

La page wiki dédiée est nommée “Questions sur la gestion des risques dans les tiers lieux” dans Movilab.

Pour amorcer cela il a fallu reparcourir “l’erreur et le droit à l’erreur” (LALLEMENT,M.(2015).L’âge du faire, Paris: Editions du Seuil & Wiki de Noisebridge “Do-Ocraty”) si important dans les Tiers Lieux, Hackerspace et Fablab, puis notre trop grande confiance dans nos traits de caractère humains (réflexion sur la toxicité des Tiers-Lieux) et refaire l’ expérience de Milgram sur l’obéissance dans un processus Tiers-Lieu, afin d’appréhender une partie des biais de compréhension qui penvent mener à la domination.

Le psychologue et auteur Richard Nisbett revient lui sur « l’erreur d’attribution fondamentale » qui consiste à penser que les objets – et les gens – agissent en fonction de caractéristiques qui leurs sont intrinsèques alors que dans une grande majorité des cas leur comportement est dicté par la situation. Cette erreur a dominé la physique de l’époque d’Aristote. Ce dernier disait que si une pierre tombe, c’est parce qu’elle possède la « propriété de gravité ». Bien sûr, on sait aujourd’hui que la chute des corps, ainsi que toutes les formes de mouvement, est en réalité la conséquence de l’interaction entre différentes forces. Mais cette théorie d’Aristote a fortement marqué les esprits occidentaux et influence notamment notre façon de juger les comportements humains.

La reproduction d’une situation ou d’une condition dans un autre contexte sous une autre forme peut-elle engendrer une domination ?

Nisbett cite à ce propos les réactions à l’expérience de Milgram sur l’obéissance :

« Lorsque j’enseigne cette expérience aux étudiants de premier cycle, je suis sûr de n’avoir jamais convaincu un seul d’entre eux que leur meilleur ami aurait pu délivrer un tel choc électrique à ce gentil monsieur, et encore moins qu’eux-mêmes auraient pu le faire. Leur armure de vertu les protège d’un comportement aussi terrible. Aucune explication sur le pouvoir de la situation unique dans laquelle le sujet de Milgram a été placé ne suffit à les convaincre que leur armure pourrait être ébréchée. »

Nisbett a d’ailleurs écrit un livre sur les différences culturelles intitulé La géographie de la pensée : The Geography of Thought: How Asians and Westerners Think Differently - and Why.

Si Tiers-Lieux libres et open source il y a, avec symétrie et non-nuisances des libertés, alors un effet de bord, modification d’une propriété lors de l’approche (au propre ou au figuré) d’une valeur, est envisageable, c’est à dire une récupération du code source pour en faire un usage falsifié, ou moralement contestable, bien que la règle ne permette pas d’en interdire la récupétation (La Boétie, Discours sur la servitude volontaire).

«Un Tiers-Lieux ne se définit pas par ce que l’on en dit, mais par ce que l’on en fait…» Le Manifeste des Tiers-Lieux

Question philosophique intéressante… Posée par Aeris via le réseau mastodon. Peut-on trouver une formalisation capable d’interdire le crowdfunding n°1 sans interdire celui n°2 ? C’est-à-dire un moyen de dire « pas OK » pour l’une et « OK » pour l’autre sans introduire de notion liée à l’individu qui va prendre la décision ?

À la réflexion, la seule campagne légalement valide est celle de Defend Europe qui fut réellement réalisée, ils ont obtenu plus de 40 000 euros sur un objectif de 50 000. Ils cherchent à faire respecter les lois en vigueur (nationales et internationales) qui ne sont pas appliquées, alors que Greenpeace, ici une copie fictionnelle basée sur le modèle de Defend Europe, cherche à bloquer des personnes qui respectent parfaitement la loi. Si ce deux exemples, l’un réel, l’autre fictionnel, ne sont pas le fait de tiers-lieu, il sont ici illustrateurs des effets de bord possibles des libertés et des dérives qui peuvent advenir, y compris dans les processus Tiers-Lieux.

Un tiers-Lieu libre et open-source est un Tiers-Lieu qui s’engage dans une démarche de transparence et d’ouverture par la publication de retours d’expériences aux fins de duplication. Par cette caractéristique, il s’oppose aux franchises ou aux labels. Se qualifier de Tiers-Lieu libre et open-source indique un engagement éthique et technique visant à permettre à l’ensemble des parties prenantes mais également aux bénéficiaires ultérieurs de «prendre tout ou en partie, d’adapter, modifier, partager les éléments du Tiers-Lieu sans générer de fait une quelconque position dominante par ses concepteurs.»Antoine Burret, Thése, page 23

il y a chez Defend Europe, avec un langage et un vocabulaire éprouvé emprunté à des prédécents acteurs plus éthiques, une récupération du code source pour en faire usage falsifié, ou moralement contestable. Un profitant des contours de définition flou d’un concept, en s’insérant dans un espace juridique ouvert, et par le langage, Defend Europe artificialise un processus et s’installe dans une posture de domination, dans le cas présent dans une posture xénophobe et identitaire.

Nous n’apprenons jamais le langage sans apprendre, en même temps, les conditions d’acceptabilité de ce langage. C’est à dire qu’apprendre ce langage, c’est apprendre quand il sera payant dans telle ou telle situation (Bourdieu, intervention au congrès l’AFEF, Limoges, 30 octobre 1977, paru dans “Le français aujourd’hui, 41 mars 1978, page 4-20 et supplément n°41, pp 51-57).

Alors les risques de toxicités des Tiers-Lieux se rendent visibles dans le fait que le Tiers-Lieux est un acte politique et que par cet acte il est le champ de luttes sur des enjeux sociétaux. Dans cette lutte des opportunités sont offertes à des processus malveillants de profiter des particularités du Tiers-Lieux pour servir des finalités qui détériorent le vivre ensemble, voir même qui menacent les égalités et droits humains.

Tiers-Lieux : Espace-Temps de frictions

Le concept de Tiers-Lieu proposé par Oldenburg est à l’origine autant social que politique. Loin d’associer le Tiers-Lieu à un simple espace où se retrouver sur le chemin qui sépare la maison et le travail, Oldenburg s’intéresse fortement au vivre ensemble et à la question de la socialisation : pour lui, le Tiers-Lieu est avant tout un générateur de communautés (“Un FabLab c’est bien plus que 4 murs et 1 toit”, (Xavier Coadic, Convaincre une mairie d’ouvrir un fablab : méthodes et retour d’expériences, 2016). Dans le chapitre 2 de son ouvrage fondateur (The Great, Good Place. publié en 1989), Oldenburg définit un Tiers-Lieu à la fois comme:

  1. Un terrain neutre, un espace public ;
  2. Un lieu inclusif et isonomique où chacun peut se révéler dans sa singularité parce qu’il est considéré comme un égal dans la communauté ;
  3. Un contexte de conversation (on est là pour parler, et chacun a droit à la parole) ;
  4. Un lieu accessible (physiquement et socialement) ;
  5. Un ensemble de personnes qui coproduisent le lieu ;
  6. Un cadre discret et ordinaire où l’atmosphère est ludique ;
  7. Un prolongement de la maison puisqu’on s’y sent chez soi.

Alors le Tiers-Lieux peut apparaitre comme un acte politique, au sens littéral de transformation de la cité, sans que le Tiers-Lieux fasse démagogie, c’est à dire sans acte de manipulation visant à s’attirer des faveurs, ou sans utiliser un discours flatteur appelant uniquement aux passions.

Antoine Burret ouvre d’ailleurs le postulat d’une conception politique du tiers-lieu à la suite de sa thèse qui fournissait une définition scientifique du Tiers-Lieux.

En 2012, à Rennes - Bretagne - Le maire de la ville tire une sonnette d’alarme au sujet de “la vacance partrimoniale” dans la ville (Sophie Ricard, interview par Sylvia Fredriksson) pour activer une “école du dehors” par une pratique de l’architecture . Ce sera la naissance, et la juriprudence, du projet “L’Hôtel Pasteur. Avec Patrick Bouchain et l’université foraine, par lesquels ils décident par un non-programme de mettre le bâtiment, qui est central et stratégique dans la ville, à l’épreuve par les usages et à l’appropriation par la société civile.

La Charte de l’Hôtel Pasteur met l’accent sur l’hybridation et la capacité à acceuillir l’immédiateté des besoins ans en étant au coeur géographique de la ville. Ce lieu n’existe que par la “clé de la confiance” (Sophie Ricard, refaire confiance).

L’Hôtel Pasteur ne fait pas “communauté” parce que des personnes travaillent sur le même sujet mais car il apparait qu’un “nous” existe dans la nécessité d’une réalisation qui semble essentielle à faire ensemble dans des communautés mouvantes qui s’affranchissent des obligations (Sophie Ricard, Commun). Ce Tiers-Lieux est multidimentionnel.

“L’individu comme les territoires qu’il habite ou explore n’est pas unidimensionnel, c’est un millefeuille regroupant plusieurs couches de l’expérience : la pratique (espace social), la sensation (espace esthétique), la recherche (espace réflexif). Dans son parcours de vie et son parcours géographique, dans certains moments ou certains endroits, des couches passeront les unes devant les autres”. LISRA, Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action , Culture et Territoire, 2009).

Dans une société en proie à un accélérationnisme (L’Economie libidinale de Jean-François Lyotard et L’échange symbolique et la mort de Jean Baudrillard), avec des inégalités sociales grandissantes (Rapport 2017 pour la France), et une échelle sociale en panne (Rapport sur les inégalités mondiales 2018, la capacité d’hopistalité, les forces de productions de savoir, et l’entretien des communs (Protéger les communs. Cité du design, Saint-Étienne. 21 novembre 2017) permis par les Tiers-Lieux offrent un support de déprise des lois du marché capitaliste.

“En prenant la situation sous l’angle classique du type d’emploi et d’intégration, nous voyons que ce mode de vie généralisé se caractérise par un sentiment de « lutte quotidienne » permanent, diffus, de basse intensité, qui se cumule avec celui de « perdre sa vie à la gagner », générant une absence de sens. Le problème majeur pourrait être celui d’un salaire trop peu élevé, qui lui permettrait le cas échéant d’améliorer ses conditions de vie et de réduire son temps de travail afin de consacrer plus de temps à des activités personnelles plus épanouissantes, et donc de mieux se satisfaire de son emploi. Or, sans réfuter cette analyse dont les termes se fondent en dernière instance sur un meilleur partage du temps et des richesses, nous pensons que l’on peut aussi isoler deux autres facteurs clés majeurs.” Habiter aux frontières de l’espace informel-illégal : le squat comme support à la déprise du précariat ?” Par Guillaume Six, Le sujet dans la cité, 2011/1 (n° 2), via Cairn.

La configuration sociale particulière du Tiers-Lieux offre un espace-temps de resistance. Or, cette résistance, loin d’être externe à la domination, présente le rique internalisé (au sens d’un stagiaire, « intern ») dans le processus Tiers-Lieux. Elle est une résistance au sens électrique du terme comme celle qui permet de faire passer le courant comme le fait le marketing (territorial, commercial ou autre) en passant à travers le Tiers-Lieux. La Mairie de Rennes use de l’objet hôtel Pasteur pour son attractivité territoriale. Cette configuration sociale du Tiers-Lieux freine, mais ne bloque pas, le flux et l’emprise possible sur les entités individuées d’un langage visant une métabolisation économique et idéologique d’une tierce proposition de valeurs.

L’idée de produire un espace-temps autonome arraché aux lois du marché est une utopie dangereuse aussi longtemps que l’on ne pose pas la question simultanément des conditions de possibilités politiques de la généralisation de cette utopie (Bourdieu, Questions de sociologie, éditions de minuit, 1980, page 106).

Dans cette démarche d’hyper spécification d’un Tiers-Lieux, dans la recherche de caracrtérisque unique pour proposer une réponse particulière à une situation ultra localisée, se niche le risque d”Insulation”, de la volonté d’aller contre la pression de la sélection nous pouvont déceler une volonté de s’isoler de la part du Tiers-Lieux par rapport à ses pairs.

Dans cette perspective d’évolution de l’espace-temps transformateur de la cité, les coworking ne sont pas si différents des usines à rêves et spectacles de Jacques Tati, ou des fabriques à verre de St Gobain des années 1960.

Le Tiers-Lieux vidé de son essence, de son processus singulier, de son langage, qui devient alors Tiers-Lieu, est un vendeur de rêves aux mêmes processus qu’une banque spéculative. Les rêves sont les productions des individus, les leurs revendre sans vous avoir même mis une contre-partie pour les en déposséder relève d’une absence de moralité. Le Tiers-Lieux sans processus singulier est un Starbuck café défini uniquement par ses 4 murs et son toit, et sa franchise commerciale. L’usine de St Gobain prend juste des couleurs et s’entoure de numérique pour se paraître tiers-lieu.

Les “Digital new trending topics”, comme coworking, au même titre que l’emploi des acronymes GAFAM ou NATU, sont les nouveaux mots clés pour paraître mode ou sembler “religieusement” attractif. Une nouvelle lithurgie ritualisée et entièrement codée qui questionne le rapport à l’institution qui habituellement transmet l’apprentissage du langage (Bourdieu, Questions de Sociologie, p.101). Dans cette situation, le sachant diffusant ce langage est le célébrant, celui qui célèbre la puissance bien qu’il ne produise rien, vous espionne avec une propostion de divertissement et vendant parfois l’intimité, les données personnelles, au plus offrant tout en captant les moyens financiers destinés à soutenir habituellement innovation et transition sociétale. C’est une industrie mondiale des traces (Tristan Nitot, surveillance:// Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir). Nous voyons aujourd’hui “des tentatives” de vulgarisation ou d’explication sur les Tiers-Lieux en prenant pour modèle tel que Ouishare (a), MakeSense (b), FrenchTech (c). Ce sont là les nouveaux “entertainment”, (Les dix stratégies de manipulation de masses par Noam Chomsky), d’un capitalisme cognitif pris par certain comme illustration des composantes des Tiers-Lieux.

“la distinction entre l’artisanat et la gentrification est assez floue. Les ateliers de fabrication numérique ont été très utiles à certains employés du capitalisme cognitif épuisés par leur travail de bureau abrutissant, mais ils ont aussi suscité la colère de ceux qui n’avaient pas la chance d’occuper des postes si enviables”, Le taylorisme à la mode hippie, par Evgeny Morozov, 13 décembre 2017, dans Le Monde Diplomatique.

Dans cette disctinction le Tiers-Lieux produit un effet central qui consiste à s’émanciper d’une forme de pré-innovation. Un risque de suspension des corps, ou précisément ici de l’objet Tiers-Lieux, pour se libérer de la contrainte de s’adapter structurellement à l’extérieur.

Tiers-Lieux et le pouvoir du langage

La possible tendance du Tiers-Lieux à l’insulation ne fait pas de cet espace-temps, et de ces communautés de pratiques, un objet hermétique à l’ensemble de la société. Il y a un engouement pour le Tiers-Lieux et un phénomène “de règles internes mais également des méta-règles entre l’organisation Tiers-Lieu et le reste de l’éco-système”.

Un article fortement documenté et fourni en ressources utiles et réflexions, “Les Tiers-Lieux et le territoire -La géographie de la création” de Raphaël Suire, Professor in Innovation Management, University of Nantes, apporte un regard pragmatique sur les flux, informations et langages en font partie intégrante, qui peuvent traverser un Tiers-Lieu ou un Tiers-Lieux. Dans une approche géographique qui ouvre une possibilité de compréhension du vocable qui advient dans le Tiers-Lieux dans sa perception au titre de plateforme d’intermédiation.

L’engouement autour des Tiers-Lieux provient de la volonté de quelques-uns d’organiser les flux et de réduire l’incertitude du qui est le voisin et de ce qu’il sait faire ou souhaite faire a priori. Pour cela, les Tiers-Lieux qui, souvent vont s’auto-proclamer comme tels, vont se doter d’objectifs ou de règles de fonctionnement et d’accès qui vont réduire l’incertitude des flux entrants. L’accès peut être payant ou gratuit, on peut être simplement et temporairement hébergé, on peut bénéficier d’accompagnement, on peut se former, on peut fabriquer, explorer ou prototyper, en un mot, bricoler, pour reprendre Levi-Strauss (1962). Pour autant, ce n’est pas parce que l’on réduit l’incertitude à l’entrée que l’on maitrîse le flux sortant. Dans la pensée sauvage, Levi-Strauss fait cette distinction essentielle entre l’ingénieur et le bricoleur, entre une science du concret et une science plus abstraite. “ Raphaël Suire

Le Tiers-Lieux produit en réponse, à ce risque de réduction, un “3ème langage”, comme y postule Dr Antoine Burret dans sa thèse “Etude de la configuration en Tiers-Lieu : la repolitisation par le service”. De la capacité des participant.e.s à auto-entretenir cette émergence dépend l’atteinte des objectifs visés par le Tiers-Lieux.

« I shall describe the langage learner’s third place as a place that preserves the diversity of styles, purposes, and interest among learners and the variety of the local educational cultures » Voir Claire Kramsch, (1993), « Context and Culture in Language Teaching », Oxford, éd. OUP Oxford, coll. Oxford Applied Linguistics p. 247.

Lorsque le marketing l’emporte sur la rigueur de construction de définitions et d’instruments, libres et open source, de conception, une novlangue qui n’est pas un toisième langage, s’installe sur un terrain laissé vacant par l’absence d’effort de sciences. Des enfants jouent sur une table basse. En langage “pedagogo nouveau”, ou novlangue, cela donne :

“Le marketing échoue totalement dans cette entreprise de réconciliation entre l’homme et la technique. Il nous mène par le bout du nez, c’est-à-dire par notre désir de « faire comme tout le monde », « ne pas être dépassé », autrement dit par le regard stupéfait voire stupide (de stupor : engourdissement) que nous portons les uns sur les autres. Nous idolâtrons les objets un temps très court puis nous les délaissons misérablement. La force de Simondon est d’avoir parfaitement compris ce relâchement, cet abandon de nos créations (quel dommage !). Ce que le philosophe promeut pour résoudre la question, c’est une forme de culture technicienne. Connaître pour apprécier, entretenir, maintenir. Simondon demande que l’homme devienne un « technologue » ou un « mécanologue » : un homme respectueux de son œuvre technicienne” Irénée Régnauld, Innover avec Gilbert Simondon, ou comment réapprendre à faire aimer les machines

Entre territoire, frictions, résistances, luttes et dominations, lorsque le langage est dévoyé des drames sont à craindre. Comme pour l’incendie du 21 novembre 2017 du FabLab La Casemate à Grenoble, Tiers-Lieux orienté sciences et communication scientifiques, qui fut revendiqué ainsi dans une lettre non signée :

Mais il ne s’agit pas de critiquer tel ou tel aspect de l’enfer technologique, de déplorer le progrès de l’omniscience de l’état, de l’efficience de l’ordre marchand ou notre croissante domestication par la machine. Si nous combattons le projet cybernétique qui acère notre soumission, c’est la totalité de cet abject monde que nous attaquons.

Dans cette revendication le mot FabLab est accolé, par les auteurs, comme appellation comparable à Start-up, Google, Facebook, politique de la ville fleurie, et autres termes, est symptômatique. L’espace dans lequel le discours se produit, internet ici en l’occurence, sur le monde social est un champ de lutte. Ces dénominations, qu’elles proviennent du camp des “pour” ou de celui des “contre”, sont signifiantes émotionnellement, de façon incarnée (Merleau-Ponty, 1945 ; de Vaujany, 2017). Elles sont de nouvelles formes d’habitus (Bourdieu, Comment libérer les intelectuels Libres, entretien avec Didier Eribon, Le Monde du Dimanche, 1980). Celles et ceux qui emploient les mots, tordent les vocables, dévoient les champs lexicaux, portent alors une responsabilité dans cette histoire sociale. Les Tiers-Leux libres et open source risquent, en abandonnant leurs règles et leur rigueur, dans la tentation d’une attractivité territoriale de ne plus respecter leur œuvre et ainsi de se dissoudre, de se faire métaboliser, par un organisme qui ne lui ressemble pas structurellement, par un organisme qui le prive de pouvoir et de libertés.

Un tiers-lieu libre et open source est un tiers-lieu qui s’engage dans une démarche de transparence et d’ouverture par la publication de retours d’expériences aux fins de duplication. Par cette caractéristique, il s’oppose aux franchises ou aux labels. Se qualifier de tiers-lieu libre et open source indique un engagement éthique et technique visant à permettre à l’ensemble des parties prenantes mais également aux bénéficiaires ultérieurs de «prendre tout ou en partie, d’adapter, modifier,partager les éléments du tiers lieu sans générer de fait une quelconque position dominante par ses concepteurs.»Antoine Burret, Thése, page 23.

Cet incendie criminel à Grenoble fait écho à celui d’un Tiers-Lieux rennais, L’Élaboratoire crée en 1997, le vendredi 21 mars 2008, faisant un mort et 50 personnes à la rue. Cet espace-temps parmi les pionners des Tiers-Lieux français affiche de manière assumée son orientation militante dans les “friches artistiques indépendantes de plus en plus menacées”. Il porte également en son sein l’un des premiers hakerspace français, Breizh Enthropy, dont la liste des collaborations dans la “cité” rennaise donne à comprendre l’importance dans la vie de la ville. 20 années de langages et d’actions qui ont faconné, d’une manière plus ou moins directe, les champs de possibles dans la ville de Rennes. Le politique accepte t-il l’Hôtel Pasteur plus facilement grâce à un précédent social ? L’Élaboratoire influence également la scène artistique française (technival, free party…) mais aussi le paysage de la fabrication numérique qui donnera l’émergence des FabLabs en France, bien que beaucoup se revendiquent d’une filiation MIT.

Il n’y a de créativité possible que dans un système de règles, d’après Foucault. Une approche visant à promouvoir de nouvelles formes de subjectivité

Peut-on alors en manipulant ces règles, comme le font des facilitateurs / médiateurs (médias) dans un processus d’intelligence collective, fabriquer le consentement ? Dans une organisation démocratique ? Dans une entreprise “libérée” ? Dans une holacratie ? Une phrase, qu’elle soit écrite, prononcée ou entendue, est contrainte à un ordre linéaire. Ses éléments peuvent être ordonnés sur un axe unique, celui du temps. Le sens de cette phrase, lui, est fondamentalement hiérarchique.

La structure syntaxique est la structure de médiation entre le sens, de structure hiérarchisée, et la réalisation phonologique des phrases, linéarisée.

Par le pouvoir de programmer, d’émettre, de diffuser, de réguler et de réceptionner, le langage, des noeuds (qui peuvent être un individu ou un groupe en position de média et en posture construction) se trouvent en capacité de structurer et de décider une fabrication d’un consentement des masses par le langage en articulant des liens ténus entre intellectualité et structure syntaxique.

La structure syntaxique est construite à partir des éléments du lexique et d’éléments fonctionnels, soudés les uns aux autres. Les relations de vérification de traits, d’accord et de cas, les mouvements liés à la structure informationnelle sont opérés dans la structure syntaxique.

Ainsi, le consentement serait la simple validation d’une expression de pouvoir d’un petit groupe d’individus sur un groupe plus étendu et assujetti à la fabrication par une élite ? (Noam Chomsky La Fabrication du Consentement partie 1). C’est le rique de “La néoténie” dans le Tiers-Lieux qui tend à la conservation de caractéristiques juvéniles, la société ancienne, chez l’objet qui avance vers la maturité, la société nouvelle.

Les Tiers-Lieux sont alors vulnérables, par leur porosité mais également par leur processus singulier reposant sur l’éthique de individus, ils sont artificialisables et dominables. Les problèmes de harcèlement lors des éditions 2017-33 et 2018-34 du Chaos Communication Camp, au sein d’un des groupes de hackers les plus influents d’Europe, le CCC, sont révélateurs de problèmes qui adviennent dans des Tiers-Lieux pourtant porteur de messages promettant du “mieux”. Se présentant comme collaboratifs, ces lieux sont généralement associés à une rhétorique de l’ouverture, de la convivialité, du partage des savoirs et des savoir-faire, de l’éducation technologique pour tous, du transgénérationnel et de l’ouverture, de la tolérance. Mais ils ne sont pas hors de la société et doivent affonter les mêmes risques en plus de faire face aux riques inhérents à leur caractère exploratoire. Que peuvent proposer les Tiers-Lieux libres et open source pour donner des armes, concevoir des instruments de constructions, pour ne pas s’artificialiser et proposer des alternatives satisfaisantes, et urgentes à la fabrication d’un consentement d’asservisement.

La mitigation est un mot utilisé dans le domaine du risque ou des études d’impact pour désigner des systèmes, des moyens et des mesures d’atténuation d’effets, par exemple en matière de risques majeurs naturels ou dans le cas d’aménagement ayant des effets négatifs sur l’environnement. À la différence de la mesure compensatoire et de la mesure conservatoire environnementales, la mesure de mitigation vise plutôt, pour un risque qu’on ne peut pas empêcher, à prendre des mesures de précaution pour atténuer les dommages (environnementaux, sociaux, économiques, sanitaires,…) ou pour les rendre plus supportables par le public. La mitigation se réalise dans une démarche préventive, visant à réduire d’une part la vulnérabilité des enjeux et d’autre part l’intensité de certains aléas d’autre part.

Ainsi les Tiers-Lieux pourraient concevoir et déployer par eux-mêmes des systèmes préventifs pour établir des précautions aux risques internes (harcèlement, ingénérie sociale, accident, précarité…) comme pour les risques externes (falsification, gentrification, récupération marketing, volonté de dégradation criminelle…). Ces tiraillements internes et externes étant interdépendants car le Tiers-Liuex n’est pas une sphère hermétique et étanche dans la société. Il est dans l’intérêt des personnes qui font Tiers-Lieux de prendre soin d’elles-mêmes et de leurs productions libres et ouvertes, mais également dans l’intérêt des personnes qui ne font pas Tiers-lieux. Traiter un bien commun comme un bien privé conduit à sa destruction (Garrett Hardin). Par exemle, le Hakerspace Noisebridge et sa communauté de pratique, font valoir le consensus comme moyen de gouvernance (Documentation wiki) et prennent un soin particulier à se prémunir des risques de “social ingeneering” (voir Leurs archives). Ce recours au consensus n’est pas sans rappeler un procédé utlisé pour des décisions collectives en sciences : Le consensus scientifique

L’une des pistes de sauf-conduit serait également les Tiers-lieu(X) libres et source qui pratiquent un Tiers-Scientifique(S) ? Tiers-Scientifique était une gratification reçue de plein fouet à Sciences Po Lyon, en 2016, lors d’un atelier sur les Communs Territoriaux avec les amis de la Myne ecohacklab, j’avais ainsi pensé que si la charité des Congrès de sachants était aussi prolifique que celle imputée aux Tiers Monde, alors d’ici 10 ans nous serions des scientifiques en voie de développement. La démocratie dans la recherche est à ce prix du mépris de l’appelation ?

« La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants. » Carl E. Sagan

Roland Gori : « La démocratie dans la recherche n’est pas pour demain» dans Sciences Critiques.

Les Tiers-lieux sont d’ores et déjà acteurs des sciences dans divers domaines et diverses approches. Les sciences marines participatives à Concarneau avec le fond Explore et le Konk Ar Lab, les analyses de sols à faire soi-même par Plateforme C à Nantes, Labomedia et le travail sur les sciences sociales - numériques - les arts -le corps, Le Biohackerspace Hackuarium en Suisse, ne sont que d’infimes exemples de la capacité des Tiers-Lieux à s’emparer des sciences et techniques.

Dans la remise en question de la pratique de sciences, une lettre ouverte de la communauté des technologies de l’information invite à réfléchir un peu à la notion de responsabilité de chacun, compte tenu de l’enjeu du numérique pour nous tous. Elles et ils estiment que ce n’est pas la technologie ou le profit qui doivent guider leur activité mais des valeurs et des principes,The Copenhagen Letter, 2017.

Les choix ne sont pas une option

Tiers-lieux libres de Open Source comme « configuration sociale » activée par un processus singulier ou tiers-lieu réduit à sa simple spatialité de 4 murs et un toit à usage simpliste d’espace ouvert et partagé, il faudra choisir.

L’entreprise, l’organisation, l’institution, dans sa configuration actuelle, ne cherche plus à savoir qui a les connaissances suffisantes pour mettre en œuvre telle procédure ou telle experimentation, mais qui a accès aux données dont l’analyse déterminera la stratégie de développement des activités. Alors que le « vieux » capitalisme organisait une concurrence entre moyens de production et maîtrise de l’offre (Wikipedia), ce qui, dans une économie mondialisée n’a plus vraiment de sens, un nouveau capitalisme est né, basé sur une économie de la surveillance et une économie de l’attention, et il repose sur la production d’informations, la maîtrise des données et donc des processus. Et quand la production d’information est biaisée, tronquée, manipulée… ? (Thése, La liberté par l’information : généalogie politique du libéralisme informationnel et des formes de l’auto-organisation sur internet, par Benjamin Loveluck, 2012,à Paris, EHESS). Shoshana Zuboff a identifié dans la transformation des systèmes de production : l’informationnalisation (informating) dans In the Age Of The Smart Machine, 1988, elle décrit comment les mécanismes du capitalisme productiviste du XXe siècle ont connu plusieurs mouvements, plus ou moins concomitants selon les secteurs, dans cet ordre : la mécanisation, la rationalisation des tâches, l’automatisation des processus et l’informationnalisation.

Dans L’informationnalisation, “Smart” est le nouveau concept de liberté ou d’enfermement ? SmartCity, Smartphone, Smartpantoufles, nouvelles dictatures consenties ? Artificialisation de ce qui fait de nous une humanité ? (Resterons nous créatifs demain ? avec Alain Damasio & Ariel Kyrou).

Tiers-lieu (but not Tiers-Lieux) IS the New smart. (Specific and Measurable, Attainable, Relevant and Time-bound).Le terme «intelligent» est une tentative de récupérer de la «croissance» contre «pas de croissance» (ou NIMBY) en l’orientant sémantiquement sur une croissance bonne / intelligente par rapport à la croissance mauvaise / muette. C’est une orientation de consommation de pattern et d’énergie sans prise en compte de l’intelligence effective (Is ‘Dumb’ the New ‘Smart’? by Peter Cocoran).

Les erreurs et approximations

Ne pas céder à la tentation de ce “new Smart”, et des abus de langage ou novlangue, c’est postuler à la résistance, selon une définition primaire, signifie « s’opposer à une action ou à une force ». D’une manière générale, il s’agit d’une « aptitude à survivre » dans un contexte d’agression. Aujourd’hui, cette agression sur le vocabulaire est diffuse. les Tiers-lieux souffrent moins d’une remise en cause fondamentale et manifeste de leur état et de leur production que l’usage d’un langage, souvent commercial, qui ne correspond pas à la réalité effective. A la notion de résistance, piégeuse sur ses versants réactifs et oppositionnels, le Tiers-Lieux propose la créativité du mouvement, proposant une posture proactive et propositionnelle. Prendre l’initiative, déplacer un équilibre dans l’espace, se positionner en décalage par rapport aux postures convenues, déplier sa créativité sont autant de formes de mobilité qui provoquent inévitablement un changement de situation (e.g les Indiecamps ou Hackerbeach. Le mouvement englobe plusieurs types de mobilité, comme la mobilité spatiale et physique (voyage, itinérance, découvertes, déploiement des paysages…) et la mobilité intellectuelle (créativité, travail de la culture,transformation sociale…). (LISRALaboratoire d’Innovation Sociale par La Recherche Action)

Dans cette adaptation sélective opportuniste, exaptation, dans laquelle le Tiers-Lieux est perpétuelement inscrit, il adviennt parfois des approximations, des incompréhensions ou des erreurs de défintions et de langage. C’est une illustration du paradoxe de “La transposition” par le Tiers-Lieux.

Par la Presse

OxaMYNE ou “l’entrepreneuriat coopératif” En réponse et clarification à la publication de l’article paru dans Makery “A Lyon, la Myne expérimente l’entrepreneuriat coopératif”, ou le problème de taiter une idée avec superficialité et d’user de mots non-définis dansle but de renforcer l’attractivité d’une publication (tentation du clickbait).

“En bref: le vocabulaire et l’approche de cet article, résoluement “économie de marché” n’est, selon nous, pas en phase avec les valeurs et pratiques de la MYNE car bien trop réducteur.” Rieul Techer

La revue en-ligne Makery fournira par la suite un effort plus poussé en offrant la possibilité à Arnaud Idelon, “Tiers-lieu: enquête sur un objet encore bien flou” de rédiger un travail plus poussé sur les questions que pausent les Tiers-Lieux.

Usbek & Rica, se revendicant média qui explore le futur, commet également des erreurs d’utilisation de l’appelation tiers-lieu et de description dans son regard sur The Camp, un nouveau campus d’innovation à Aix-en-Provence.

“Un des objectifs majeurs de ce tiers-lieu est de favoriser le rapprochement des entreprises et des Millennials : « C’est le rôle du programme Grands Challenges, qui vise à aider les leaders des groupes partenaires à résoudre leurs enjeux environnementaux et sociétaux », explique Marina Vassalo Rachline”

“Une cinquantaine de jeunes talents, choisis parmi des collectifs et associations comme OuiShare, Cog’Innov, MakeSense, La Paillasse et Seconde Nature, échangeront quotidiennement pendant deux heures avec dix cadres et employés d’entreprises partenaires, durant des séquences de 5 ou 10 jours.”

Les deux extrait de ce média révèlent un traitement superficiel de l’objet tiers-lieu, bien qu’effectivement il ne s’agisse pas du Tiers-Lieux libre et open source. Mais ce qui apparaît plus dommageable et alimente le risque d’articialisation est l’amalgame Makesense, OuiShare, Millenials… avec le pocessus tiers-lieu, l’innovation et les sciences.

France Info, tombe également dans une erreur d’appréciation, qui pourrait être prise comme une carricature avec des sources , des chiffres et des tentatives d’explications du tiers-lieu plus que contestables.

“L’impressionnante montée des tiers-lieux, ces nouveaux espaces de travail. C’est un mouvement spectaculaire dans le monde du travail : partout s’ouvrent des espaces de coworking, des centres d’affaires, des télécentres” Lire et écouter Philippe Duport, Radio France.

La langue peut être une stratégie évolutive pour surmonter une crise et trouver un autre ordre social. De la même manière, les réseaux d’aujourd’hui peuvent être considérés comme des armes qui tendent à établir et à maintenir certaines formes de hiérarchie et destructure (la domination d’un groupe qui sait comment les manipuler). Cependant, nous avons notre langue et nos capacités d’apprentissage pour contrebalancer la leur. Nous pouvons les effacer et trouver des alternatives ! (Dessalles J.-L. (2017): Language: The missing selection pressure.

Si la presse, parfois spécialisée, se fourvoie dans la compréhension puis la médiatisation du Tiers-Lieux, c’est peut être qu’il y a des facteurs d’influences sur cette dérive sémantique et didactique.

Par un groupe de “recherche”

Dans les origines de cette dérive nous pouvons observer une action de recherche d’un groupe de travail. Le RGCS, Research Group Collaborative Spaces, dans une note de 32 page titrée “TIERS-LIEUX & ESPACES COLLABORATIFS: LABORATOIRES ET REVELATEURS DES NOUVELLES PRATIQUES DE TRAVAIL”, commet plusieurs erreurs qui illustrent le glissment sémantique et l’approche biaisée du Tiers-Lieux.

Par le cas d’étude d’une note du #RGCS “Tiers-lieux et espaces collaboratifs : laboratoires et révélateurs des nouvelles pratiques de travail

Dès le début de résumé l’accent est pourtant posé sur “« guerre des mots » (qui est aussi une guerre d’antéri orité et de territoire) qui a cependant des effets bien réels”. Il y a donc volonté d’observer et comprendre le 3ème langage. “Un lieu ou un espace se «possède», s’«investit»” est il écrit dans cette note. “A cette cartographie de la «possession», nous opposons une «cartographie de la pratique»”, une approche spatio-temporelle qui correspond à la configuration du Tiers-Lieux comme objet d’étude et propsose ici une cartographie de la pratiques intéresssante.

On pourra noté la présence de “clos clés” insérés dans le bas-page qui dès la page 3 inscrit “coworkers, hackers, makers, fablab” comme une même famille. The pirate book ou encore le BioPunk Manifesto, issue de la cutlure hacker, semblent pourtant bien éloignés du coworking.

Le concept de tiers-lieu proposé par Oldenburg est repris comme postulat de départ et il est mis en perspective d’évolution avec une CARTOGRAPHIE BETA DES « ESPACES HYBRIDES», par PRIMA TERRA? Cette carte fut d’ailleurs présenté et exposée lors de la Biennale interantionale du Design de St Étienne en 2017.

Puis dans le premier chapitre de cette note, le RGCS propose une étude de la demande vocable sur les tiers-lieux et les pratiques associées. L’utilisation de google Trend comme outil d’analyse du nombre ou de la fréquence d’occurence de mots est un problème. Google trend n’est pas un outil d’analyse scientifique, c’est un outil d’analyse marketing d’une entreprise privée qui n’a pas obligation d’éthique et de transparence. Google trend analyse les mots référencés par le moteur de recherche google uniquement, autre produit de la même entreprise, google n’est pas internet ! Google trend n’analyse pas internet. Il en est fait de même par le RGCS avec de mouveaux mots clé censés, selon eux, représenter les pratiques qui ont cours dans les tiers-lieux, sans proposer une rigueur d’explication entre “Pitch night “ et “hackers” alors que ces mots sont issues de cultures différentes voir souvent opposées. L’usage de google trend n’est non plus mis en comparaison avec les resultayts obtenus avec d’autres outils et ailleurs dans les internets.

De plus, cette proposition d’analyses ne prend aucunement en compte les usages très fréquent par les Tiers-Lieux de chat, IRC, ssh, liste de discussions… Les archives de “nettimes auraient permis de mieux cerner l’objet d’étude pour le RGCS et surtout donnerait de la réalité à la tentative de mesure d’ocurence de mots. Cette étude de l’offre de vocable est basée sur une erreur de données et plusieurs amalgames de mots. Jusqu’à la page 21 et l’affirmation des “cantines nuùmériques” comme première forme des tiers-lieux. Ce concept de Cantine numérique est un concept importé de la silicon Valley vers France dans le milieu des années 2000. Le hackersapce les tanneries, à Dijon, est fondé en 1998 et l’Élaboratoire en 1977 à Rennes. L’ogine du Tiers-Lieux en France n’est ni là dans le temps, ni n’est dans la forme, celle que propose le RGCS dans son postulat de Recherche.

Après d’autres approximations, le RGCS qualifie le travail “movilab”, un wiki sur les Tiers-Lieux, de “Storytelling”, un anglicisme pour porposer d’interpreter l’avis du conseil scientifique ,jugeant ce wiki, présidé par Dominique Bourg comme des contes, des récits.

Nouvel exemple à relever, parmi d’autres, l’utilisation d’un nouvel anglicisme récent, “Slasheur”, pour désigner un posture d’une personne, voir même son habitus. Plutôt de travailler, par exemple, les conditions et processus de rencontres dans le Tiers-Lieux, le groupe de travail met en point d’articulation du processus tiers-lieu des personnes qui se dénomment elles-mêmes par une “marque de mode” très récente dans le temps, un appelation sans définition travaillée et étudiée. Un regard plus analytique sur, par exemple, la liste de disccusion SPECTRE, concernant les Tiers-Lieux et les pratiques, permet de réveler rapidement l’absence totale de “Slasheur” dans le langage et même apercevoir aisément des véléîtés de résistance à des appelations similaires.

Nous retrouvons tout au long de cette note des prêts d’usages de vocable aux Tiers-Lieux qui sont des mots nouveaux, des anglicismes, et des pratiques qui ne sont pas spécifiques dans les Tiers-Lieux, voir ne sont pas utilisés. Elles le sont nein plus dans une mouvance start-up ou nouvelle économie ou “digitalisation des organisations”. Ces mots, comme “Fuck-up Night” sont des appelations souvent usitées par la FrenchTech ou l’écosystème start-up français. si le RGGCS voulait s’interesser au caractère d’innovation économique, financier, entrepreneurial des Tiers-Lieux, il aurait pu intégrer à son étude un panel des initiatives, et de leur vocable, sur les monnaies libres ou les monnaies complémentaires dans les pratqiues de Tiers-Lieux (cf movilab).

Le RGCS d’écrit d’ailleurs après sa note, annexe 3, son détails des médias et supprots de communication des tiers-lieux par une eétdue de 55 espaces collaboratifs possédant “un site internet et une page facebook”. Cette approche réductive des supports de communications peut être un choix stratégique de recherche, mais il embarque un risque très élevé de non-compréhension des internets, biaisé par la société Facebook, par les rechercheurs, et surtout cela affiche une méconnaissance, dans l’avant puis dans l’étude, des différentes formers de Tiers-Lieux qui n’usent pas de facebook.

Le RGCS conclue cette note par “Les acteurs des tiers-lieux et des espaces collaboratifs (externes comme corporate), transforment, rendent visibles, et accélèrent l’émergence des nouvelles pratiques de travail dans nos sociétés”. Si cette porte ouverte est enfoncée avec une base d’analyse contestable, elle fait cependant écho aux réalités de Tiers-Lieux qui travaillent en profondeur et avec rigueur sur plusieurs sujet. La souvéraineté technologique, qui aurait pu servir au RGCS, étant un des nombreux actes de transformations que cultivent le Tiers-Lieux. La recherche est essentielle à la construction de notre environnement, de notre société, de nos compréhension. Les textes, notes, publications, documentations, influencent le regard que porte la société sur les objets étudiés. Nous avons la responsabilioté de la probité de cette recherche.

Souvraineté technologique

En plus d’un recourt à des mots forgés et protègés de ce fait, au moins relativement, contre les projections naïves de sens commun, en plus de constuire des définitions rigoureuses libres, duplicables et modifiables selon des rêgles, qui ne soient pas des concepts descriptifs, pour se prémunir d’une artificialisation, les Tiers-lieux libres et open source portent la responsabilité d’une souverainté technologique. Une souveraineté qui vient compléter le rôle du Tiers-Lieux et des communautés de pratiques dans la géographie de la création, dans l’entretien du paysage, de la transformation de la cité. c’est aussi cela ce que certaines et certaines nomment le jardinage d’un patrimoine informationnel commun.

Nous méritons d’autres technologies, quelque chose de mieux que ce que nous appelons aujourd’hui les « Technologies de l’information et de la communication ». Deux ouvrages ont été impulsés par Ritimo et leur coordination et édition ont été développés par Spideralex (Hacktiviste, cyberfeministe et troubled avatar) avec l’appui de Calafou à Barcelone. Lecture en ligne et pdf: Le volume 2 est disponible en ligne et téléchargeable en pdf en français, anglais et espagnol.

Ce livre revient sur les principes directeurs de la Souveraineté Technologique (Cairn) et propose un nouveau tour d’horizon théorique et pratique de quelques initiatives de développement de technologies libres. Il aborde les aspects sociaux, politiques, écologiques et économiques des technologies à travers des expériences visant à développer des formes de Souveraineté Technologique. Les auteur.e.s nous invitent à partager d’autres façons de les désirer, concevoir, produire et maintenir. Des expériences et initiatives pour développer la liberté, l’autonomie et la justice sociale tout en créant des systèmes autonomes de téléphonie mobile, des réseaux de traduction simultanée, des plateformes pour lancer des alertes, des outils numériques sûrs, des algorithmes souverains, des serveurs éthiques et des technologies appropriées.

Et si l’échelle géographique d’uné métropole semble trop grande pour faire le choix cette souveraineté et déployer concrètement des solutions apllicatives, il faudra rappeler que la ville de Barcelone fait le choix de la désintoxication à Microsoft en migrant progressivement vers le logiciel libre.

Les textes sont d’Alex Hache, Benjamin Cadon, COATI, Caroline, Claudio Agosti, Elleflâne, Framasoft + AMIPO, Ippolita, Kali Kaneko, Loreto Bravo, Maxigas et Margarita Padilla. A noter que ce deuxième volume prolonge et complète le premier dossier sur la question lancé en 2014 qui nous parlait de logiciels, hardware et internet libres, de serveurs autonomes, réseaux sociaux décentralisés, bibliothèques publiques numériques et cryptomonnaies mais aussi des lieux où ces projets se mettaient en place, les hacklabs, fablabs et biolabs.

Le volume 1 est également disponible en ligne et téléchargeable en pdf en français et en espagnol. Tous les textes, images et traductions du volume 1 et 2 se trouvent dans un repositoire gitbook mettant à disposition les livres en formats Mobi et eBooks

Ce premier volume inclut des textes rédigés par Richard Stallman, Patrice Riemens, Marcell Mars, Ippolita, Julie Gommes, Ursula Gastall, Benjamin Cadon, Thomas Fourmond, Paula Pin, Jorge Timon, Maxigas, Marta G Franco, Tatiana de la O, Hellekin et Spideralex.

Le volume 2 est intégralement disponible en Francais, Espagnol et Anglais

Le volume 1 est intégralement disponible en Espagnol et Italien. Les traductions en francais, catalan et en anglais seront bientôt disponibles.

Dans cette souveraineté technologique la pratiques des sciences et des techniques est assurée de plus de libertés et de transparence, d’éthique et de qualités. Dans cette souverainté technologique le Tiers-Lieux peut pratiquer, étudier, publier, pour continuer son oeuvre avec respectabilité et probité. Ce qui participe à le prémunir d’une métabolisation par une dérive du discours. Cette souvraineté est une clé de voute qui participe à l’entretein d’un troisième langage, qui n’est pas une novlangue, nécessaire à l’écriture de l’histoire du Tiers-Lieux et à son étude. Une histoire qui s’inscrit dans les modifications permanentes de la sociéte et donc dans le mutations du travail et ses configurations.

Tiers-Lieux réifiés et Tiers-Lieux incorporés

En conlusion de cet article, j’aimerai rappeler que le tiers-lieu était au départ un objet défini, notamment par Oldenburg, augmenté par la suite d’une idée abstraite inspirée du logiciel libre, TILIOS, Tiers-Lieux Libres et Open Source et movilab. Movilab a été initialement soutenu par le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie à travers son programme Movida en 2011. Dans cette origine, le Tiers-Lieux peut être sujet à réification (du latin res, chose) en considérerant cette idée abstraite comme une chose concrète ou un objet tangible. Dans l’usage ordinaire du langage, il est normal de réifier des idées et la réification sera comprise comme telle. Par exemple, dans “ce Tiers-Lieux numérique ou j’aime ce Tiers-Lieux éducatif”: seule la chose ( res) qui est de ce “numérique existe réellement, numérique ou éducatif est une idée dans l’esprit qui est ici réifiée, mais cela ne pose pas de contradiction intellectuelle.

Dans le web sémantique, il peut y avoir des faits [web sémantique classique] mais aussi des faits rapportés depuis des points de vue spécifiques [web sémantique réifié] (Reification (knowledge representation), Le Tiers-Lieux libre et open source (dont l’origine est liée à celle de web par le logiciel libre) est capable, par ces commuanutés de pratiques comme par des universitaires (internes ou externes à ces communautés de pratiques), de forger des définitions pour une sémantique prenant corps dans un troisième langage mais également hors de ce troisième langage. Il est capable de produire un code source avec une démarche, qui pourrait être définie comme tiers-scientifique, de transparence et d’ouverture par la publication de retours d’expériences aux fins de duplication avec un engagement de quallité éthique et technique. Le Tiers-Lieux devient un objet défini scientifiquement, notamment par la thèse d’Antoine Burret, un objet qui travaille et entretient sa propre sémantique.

Le Tiers-Lieux est également une configuration sociale particulière avec un processus spécifique dont la principale caractéristique est que les contibuteurs ne peuvent pas perdre que ce qu’ils ont investi puiqu’ils cultivent un commun ou des communs (The Commons: Year One of the Global Commons Movement, 2011). Chacune des socialisations vécues est incorporée ce qui donnera des grilles d’interprétation pour se conduire dans le monde. L’habitus (manière d’être, une allure générale, une tenue, une disposition d’esprit) est alors la matrice des comportements individuels, et permet de rompre un déterminisme supra-individuel en montrant que le déterminisme prend appui sur les individus. Cet habitus influence tous les domaines de la vie (loisirs, alimentation, culture, travail, éducation, consommation…)

«Histoire incorporée, faite nature, et par là oubliée en tant que telle, l’habitus est lap résence agissante de tout le passé dont,il est le produit: partant, il est ce qui confère aux,pratiques leur indépendance relative par rapport aux déterminations extérieures du présent immédiat. Cette autonomie est celle du passé agi et agissant qui, fonctionnant comme capital accumulé, produit de l’histoire à partir de l’histoire et assure ainsi la permanence dans le changement qui fait l’agent individuel comme monde dans le monde.» Bourdieu, l’Histoire réifiée, l’Hisoire incoroporée, 1980, pp.94-95

Le Tiers-Lieux peut être incorporé par son processus continu de production, de la reproduction et de la moficiation, avec une gestion de l’évolution du contenu d’une arborescence. Le Tiers-Lieux sera alors une insitution politque qui modifie la cité. « Cette cristallisation autour du politique n’a cessé d’obscurcir la perception d’une culture - certains diraient civilisation, habitus, ou mode d’existence - originale des peuples du Bocage. » (B. Buchet.- Descendants de Chouans, Paris, Maison des sciences de l’homme, 1995, p. XIV).

Le Tiers-Lieux pourra alors être analysé et critiqué par les relations entre son histoire réifiée et son histoire incorporée.

En tant qu’espace-temps polysémique, polysémantique, c’est à dire qui peut répondre à plusieurs fonctions, espace-temps multiforme, évolutif, qui interroge le social, l’économie, l’écologie, expérimente des solutions, produit et entretien des communs, le Tiers-Lieux est le champs de traitement de frictions qui adviennent dans les interstices de la société. Le Tiers-lieux et ses pratiques sont des agissants dans les interfaces d’échnages entre ce qui constitue l’ancien et le nouveau d’une société en transformation. Dans ce mouvement techtonique, le Tiers-Lieux est soumis à des champs de force de pouvoir, de détournement, de récupération politicienne ou d’attractivité compétitive. Il est un terrain d’expression de luttes dans lequel l’orthodoxie, l’hérésie, le dominant ou le dominé, ne sont pas écrasés, c’est un espace dans lequel ce produit le discours sur le monde social et dans ce sens tant qu’il y a lutte, il a de l’histoire, c’est à dire de l’espoir (Bourdieu, Questions de sociologie, 1980).

Avec ses capacités acquises et évolutives, le Tiers-Lieux et les commuanutés de pratiques sont en responsabilités de concevoir et construire des outils pour proposer des réponses à la société dans son ensemble, aux risques qu’ils rencontrent ainsi qu’aux risques qu’ils affrontent. Ce qui est reproché aux Tiers-Lieux libres et open source c’est de livrer aux premiers venus les secrets réservés auparavant à des initiés. C’est aussi pour ces deux propentions à produire et essaimer que le Tiers-Lieux attisent les convoitises de récupération falsifiée et falsifiante.

Dans l’approche proposée dans cet article, le Tiers-Lieux présente également les compétences acquises et les savoirs pour travailler les sciences et et techniques. Avec cette possibilité, qui reste à saisir avec plus de considération, le Tiers-Lieux peut participer en qualité de pair, donc sans concurrence, avec l’université, les laboratoires et les instituts. Ainsi les Tiers-Lieux, pourraient rechercher, interroger, concevoir, améliorer et déployer par eux-mêmes, et avec d’autres, des systèmes préventifs pour établir des précautions aux risques internes (harcèlement, ingénérie sociale, accident, précarité…) comme pour les risques externes (falsification, gentrification, récupération marketing, volonté de dégradation criminelle…). Cette mitigation permettant également de se prémunir, à minima, d’une interpretation ésotérique et/ou divinatoire du Tiers-Lieux. C’est l’enjeu d’une conception, voir peut être un design, de systèmes d’auto-défense.

Le design diffus, tel que le propose Camille Bosqué propose de le comprendre (Thèse, La fabrication numérique personnelle, pratiques et discours d’un design diffus : enquête au coeur des FabLabs, hackerspaces et makerspaces de 2012 à 2015 ,page 343, désigne, dans les lieux de fabrication numérique, non pas une greffe de nouvelles manières de faire sur un socle de pratiques existantes, mais davantage un rejet. En botanique, un rejet est une nouvelle pousse, qui peut être le résultat d’un traumatisme ou d’une modification dans l’équilibre de la plante. Les orties, en autres cosnidérés comme mauvaises herbes envahissantes, fonctionnent essentiellement par rejets, puisqu’à chaque fois que ces herbes sont arrachés, la plante compense la perte par l’émission d’une nouvelle pousse, dont les racines sont partiellement communes au reste du plant initial. Dans l’histoire sociale et les techniques du Tiers-Lieux existe et se renforce la capacité de rejet botanique par les pratiques qui y ont cours. “Ce «drageon», qui se développe à partir des racines, possède un réseau de racines propre tout en étant lié à la plante mère. Il ne s’agit pas d’une ramification, qui est une extension d’une plante existante, mais bien d’une nouvelle pousse, sortie de terre à un autre point du réseau” (Camille Bosqué) Une herbe considérée comme mauvaise, dans une approche de culture industrielle intensive, est en réalité une plante qui maitrise toutes les techniques de survie excepté pour ce qui est de pousser en ligne droite. Dans cette alégorie le Tiers-Lieux est mauvaise herbe, il ne s’industrialise pas de manière intensive, sauf à devenir atrtificiel. C’est dans sa capcaité de rejet botanique, comparable au fork du logiciel libre, que le Tiers6lieux puise l’une de ses capacité de résilience à la métabolisation.

Tous ces points de conclusion, qui sont autant d’invitations aux travail d’appronfondissement, me semblent concourrir à la prévention d’une métabolisation des cultures s’exprimant dans les Tiers-Lieux, ou du moins d’une toxicité interne et externe, et également d’éviter aux Tiers-lieux d’être ingérés par la domination d’une autorité qui imposerait ses idées, sa loi, ses règles, ses vérités ou ses croyances aux communautés Tiers-Lieux. Le travail de réflexivité résumé dans cet article ne resoudra pas à lui seul les risques d’artificialisation des Tiers-Lieux. Les tentatives de déconstruction de certains concepts, d’explication d’autres sous-objets des Tiers-Lieux, retranscris ici, ne sont que d’humbles apports à un processus collectif bien plus ample et au spectre plus large. Mais si les Tiers-Lieux doivent se prémunir de l’atificialisation cela ne se fera qu’au prix d’efforts et de probité qui pourront être discutés, commentés, mais dont l’éthique, la rigueur et la transparence ne pourront être sujet de révocation. C’est en travaillant pronfondément les questions et l’objet de manière libre, documentée, collaborative, avec remise en cause permanente, que les Tiers-Lieux éviteront de perdre les qualités qui sont celles d’un milieu naturel qui lui est propre, et maintenant défini par des thèses universitaires. Des qualités qui font la force et la vigueur des Tiers-Lieux.

Enfin, si le Tiers-Lieux est aujourd’hui, en France tout du moins, un objet cristalisant des enjeux, des envies, des espoirs, des convoitisent, il est de la responsabilité des personnes qui font Tiers-Lieux de s’emparer de ces enjeux et des question inhérentes à ces enjeux, de le faire soi-même, de le faire ensemble et avec d’autres (Do It Yourself, Do It Together, Do It with Others). Se pose alors immédiatement la question de la gouvernance et des instances. Constitués d’abord et avant tout de communautés mouvantes, contributives, d’un langage, d’une géographie et d’une architecture, d’une émergence de sciences, le Tiers-Lieux pourrait être l’espace de réinvention de la gouvernance, peut être pas le consensus (qui est à l’étude actuellement), le Tiers-Lieux pourra être le champs d’un design des instances. Nous devrons, ensemble, ainsi mettre autant de rigueur et de contributions libres et open source dans cette nouvelle exploration. En gardant en estime que le design consiste aussi à mettre en tension des chaines de production pour permetre de la diversité.

Il n’y a pas d’un coté un monde réctionnaire et conservateur avec sa lithurgie officiel institué par un temple économique, de l’autre un monde néo-capitaliste progressiste avec sa propagande lithurgique, et au milieu le Tiers-Lieux comme champs de médiation ou d’amortissement de mouvements techtoniques. Le Tiers-Lieux est une réalité complexe, transitoire et chaotique s’inscrivant dans le décalage croissant qui nait entre monde à partir et un monde à venir, qui comme tout organisme vivant porte en lui et subit par le dehors de lui-même des offensives de métabolisation qui pourraient conduire à son artificialisation. Dans le culte, dont les mots forment une réalité non fondée et dont les professeurs sont célébrants, il n’y pas de sciences mais des croyances. C’est dans ces croyances que se logent les outils qui forgent l’articiel. Car la métoblisation peut aller jusque-là. Amalgamer jusqu’à même nos environnements pour réaliser le désir inavouable de faire tenir ensemble la nature première du Tiers-Lieux et sa nouvelle nature capitaliste. Donner corps à une réalité articifielle et artificialisante pour les individus. Pour éviter cela le Tiers-lieux a besoin des sciences et il semble que les sciences aient besoin des Tiers-Lieux, hors des sentiers battus, dans un Tiers à explorer perpétuellement.

Remerciements

Xavier Coadic

Xavier Coadic

Human Collider

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